
Pourquoi raconter la vie d’un autre ?
Du scribe égyptien au biographe contemporain
Imaginez…
L’Égypte des pharaons, la vallée du Nil…
Les temples et les tombeaux de pierre se dressent au loin dans le sable du désert…
Sur leurs murs, des hiéroglyphes ont traversé le temps, témoignant de vertus accomplies. Ainsi, Nefer-Seshem-Ra, dignitaire de la VIe dynastie, fit inscrire : « J’ai donné du pain à ceux qui avaient faim, des vêtements à ceux qui étaient nus« .
Cette proclamation, comme tant d’autres gravées dans la pierre des tombeaux, affirmait l’idéal d’un serviteur de l’État : être juste, généreux et dévoué.
Les scribes, premiers biographes
Dans l’ancienne Egypte, dès le IIIe millénaire, les scribes retraçaient l’histoire de l’élite : architectes, médecins, hauts fonctionnaires, chefs d’expéditions – ceux qui bâtissaient, soignaient et administraient le pays. Ces gardiens de l’écrit consignaient les exploits et les mérites qui faisaient l’histoire d’une vie. Pour leurs commanditaires, ces récits avaient un double but : d’une part les conduire à l’éternité grâce à leurs hauts faits et, d’autre part, préserver leur lien avec le pharaon, dans l’au-delà. Ils traçaient avec leur calame — un roseau taillé en pointe — sur le papyrus ces témoignages destinés à traverser les âges.
D’autres artisans participaient à cette entreprise mémorielle : les graveurs. Ceux-ci inscrivaient l’histoire de chacun dans les parois des tombeaux et des temples. Hirkhouf en est un bel exemple. Ce gouverneur de Haute-Égypte menait des expéditions vers le sud, jusqu’au lointain royaume de Yam, en Haute-Nubie. Sur la façade de sa tombe à Éléphantine, il fit graver le récit de ses quatre grands voyages… Des éclats de vie fixés pour l’éternité.
Un héritage pour les vivants
Ces textes entretenaient la renommée du défunt et maintenaient le lien entre les deux mondes. Ils permettaient également aux vivants de se souvenir du nom de celui qui les avait quittés, de ses fonctions et de ses honneurs. Se dressait alors le récit d’une vie accomplie, toute entière dédiée au service du pharaon et des dieux. Les scribes égyptiens, fonctionnaires lettrés, avaient pour tâche essentielle de mettre en mots le parcours d’une vie afin d’en préserver la trace. Leur mission — perpétuer la mémoire d’une vie par l’écrit — perdure.
D’hier à aujourd’hui
Le calame a disparu, le papyrus aussi. Les outils ont changé : le stylo, le carnet, les touches d’un clavier d’ordinateur… Mais la mission reste la même : donner forme et sens à une existence.
Dans mon métier de biographe, page après page, je tisse le lien entre une personne et son histoire. Je l’écoute, la questionne et j’écris… Et toujours, le même prodige se produit : au fur et à mesure du récit, elle se saisit de son passé, le comprend autrement. Les événements prennent sens. Les chemins empruntés révèlent leur raison d’être et une vie entière se dessine, plus claire.
Car raconter sa vie, c’est s’autoriser un autre regard sur ce qui fut, y découvrir une cohérence, lui donner Sens.
Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.
Artiste anonyme
